Horloges comtoises — Mécanique
Ce qui fait tic-tac
Un poids descend, un train d’engrenages se met en marche, un échappement cède la place à un balancier : voici, au ralenti, le fonctionnement d’une horloge de parquet.
Le principe
Une force continue, découpée par une oscillation
Le poids est la source d’énergie : en descendant, il fait tourner le barillet, puis le Rouage, puis l’échappement. Mais si rien ne l’arrête, le mouvement s’emballe. L’échappement — une ancre d’acier qui retient et libère alternativement la roue d’échappement — impose au train un rythme, et le balancier fournit à l’ensemble sa propre fréquence.
C’est là toute la différence avec le mouvement à ancre des horloges plus anciennes : dans une comtoise, la régularité vient de la longueur du pendule, pas de la seule qualité de l’échappement. Un balancier plus long bat plus lentement ; l’amplitude de son oscillation varie moins, et la marche de l’horloge conserve sa précision sur plusieurs semaines.
Schéma
Cote d’une cage
Vue de face, une comtoise se lit de haut en bas : la suspension, le mouvement de marche, l’échappement, le balancier, puis la tige qui descend jusqu’au poids.
Coupe schématique de principe. Traits fins : construction. Traits pleins : pièces. Cotes non respectées.
La lune de laiton, l’ancre bleuie et la roue d’échappement : la régulation tient à trois pièces.
Le balancier
Une lune de laiton qui bat lentement
Le balancier d’une comtoise est un pendule suspendu par un ressort d’acier, terminé par une lune plate en laiton. Il oscille de part et d’autre de quelques degrés, sur une période de plusieurs secondes. L’amplitude de l’oscillation — l’angle atteint de part et d’autre — détermine directement la force d’entraînement : c’est l’amplitude constante, plus que la vitesse, qui garantit que l’échappement reçoit toujours la même poussée.
Dans les modèles anciens, la suspension est un simple fil métallique muni d’un poids en plomb à son extrémité. Le passage à la suspension à ressort d’acier, puis à la lune en laiton, a permis d’allonger la période de battement et donc d’améliorer la tenue de la marche : c’est l’une des petites naïvetés techniques qui séparent la comtoise du XVIIIe siècle de celle d’aujourd’hui.
La sonnerie
L’heure qui frappe
Le second mouvement de la comtoise n’a rien à voir avec le premier. Il est muni d’un mécanisme à « limaille » — une vis hélicoïdale que le mouvement de marche déplace, et qui libère à chaque heure un marteau qui frappe la timbre. Le nombre de coups est déterminé par la position de la vis, et un second train assure le coup de la demi-heure.
C’est cette organisation qui autorise les complications propres à la comtoise : plusieurs timbres pour les quarts, l’indication de la date, les phases de la lune, et plus exceptionnellement des mécanismes d’animation ou des carillons. Une montre de poignet n’aurait ni la place ni l’énergie pour les loger.
À surveiller lors d’une visite
- Le tic-tacRégularité
- Le balancierAmplitude
- La sonnerieÉcart de l’heure
- Le poidsDescente
- Le cadranOxydation
Pourquoi c’est lent
La lenteur comme garantie
Une horloge de parquet n’est pas une montre à grande échelle. Sa lenteur n’est pas un défaut : c’est ce qui lui permet de garder l’heure pendant des semaines sans réglage, dans une maison où la température et l’hygrométrie varient.
C’est aussi ce qui en fait un objet de famille : un tic-tac large, audible depuis une autre pièce, qui annonce l’heure et demi-heure sans qu’on ait besoin de le regarder. Les enfants qui l’entendent chaque nuit l’associent au sommeil, bien avant d’apprendre à lire l’heure.
Suite
La gaine, maintenant
Une comtoise sans sa gaine n’est plus qu’un mouvement. Voici l’ébénisterie qui l’habille, du fronton aux marqueteries.