Tôler
Former la tôle de laiton ou d’acier en plaque d’un millimètre d’épaisseur, pour les plats et les ponts du mouvement.
Savoir-faire & patrimoine
Une montre de deux cents pièces demande deux cents gestes différents. Certains ne prennent pas une minute ; d’autres demandent toute une vie.
La chaîne
La manufacture Vuillemin travaille la matière brute pour réaliser un produit fini : c’est une manière de faire qui résume l’exigence de la filière. Dans une manufacture comtoise, la matière entre à l’atelier sous forme de lingot ou de plaque, et n’en sort qu’au terme d’une centaine d’étapes, dont beaucoup sont manuelles.
La division du travail est extrême : chaque atelier est spécialisé dans un organe. Le métier de la fabrication de ressorts n’est pas celui de l’ajustage ; celui qui taille les balanciers ignore tout de la sonnerie. C’est ce qui permet à des entreprises de quelques personnes de produire des pièces d’une qualité constante, et c’est aussi ce qui rend le bassin vulnérable : une seule génération d’ateliers suffit à faire disparaître une spécialité.
Les gestes
Former la tôle de laiton ou d’acier en plaque d’un millimètre d’épaisseur, pour les plats et les ponts du mouvement.
Découper les roues dentées. Une dent de trop ou de moins suffit à faire grincer le mouvement.
Frotter une pièce d’acier sur un composé abrasive pour lui donner son poli, et sa résistance à l’usure.
Placer les pivots dans leurs trous avec un jeu de l’ordre du centième de millimètre. C’est là que se joue la qualité d’un mouvement.
Donner au pivot sa forme conique et sa bague d’huile : sans huile, pas de lubrification, pas de durée de vie.
Décorer un pont, une platine, une ancre. Le burin attaque le laiton à la main, au rythme d’un mouvement d’avant-bras.
Déposer une couche d’or sur les pièces visibles pour les protéger de l’oxydation et leur donner leur éclat.
Remplir le réservoir d’huile,adapter la came, régler la longueur du balancier et l’amplitude. Le geste final, celui qui transforme une pièce en montre.
Gravure à l’étau : les copeaux de laiton s’enroulent autour des dents de la pièce.
La transmission
Un plan d’atelier décrit l’outil et la cote. Il ne dit pas avec quel poids tenir le burin, ni à quel rythme respirer pour que la main ne tremble pas au quatrième centième de tour. Ces informations-là circulent de main en main, et disparaissent avec la main.
C’est pourquoi la transmission n’est pas une question de cours mais une question d’organisation : l’apprentissage en atelier, le compagnonnage, l’alternance en formation, les places dans les écoles professionnelles. Les labels publics — l’UNESCO pour les pratiques, l’Entreprise du Patrimoine Vivant pour les entreprises — ont précisément pour objet de donner à ces gestes un cadre dans lequel ils peuvent continuer.
Suite
Deux reconnaissances publiques protègent aujourd’hui ces gestes : l’UNESCO pour les pratiques, l’EPV pour les entreprises.