Horloges comtoises — Restauration
Restauration, transmission
Une comtoise ne se répare pas : elle se diagnostique. Le geste commence par regarder, avant de toucher — et c’est là que se joue la question de ce qu’il faut conserver.
Le diagnostic
Regarder avant de toucher
Une horloge comtoise qui s’est arrêtée ne l’est pas forcément définitivement. Dans la majorité des cas, l’échappement est simplement encrassé, le ressort détendu, ou le balancier désaccouplé. Avant toute intervention, l’horloger démonte la cage, relève l’état de chaque pièce, et distingue ce qui est usé de ce qui est cassé.
Cette discipline a une conséquence directe : la restauration moderne privilégie l’intervention minimale. On remplace ce qui est irréparable, on conserve ce qui est patiné, on ne refait jamais une pièce pour qu’elle soit neuve. Une comtoise restaurée doit encore avoir l’air d’avoir cent ans.
Mouvement démonté, plateaux de laiton séparés, outillage de nettoyage et de précision sur l’établi.
Le geste
Dix-huit heures, peut-être plus
Un nettoyage complet d’une comtoise suppose le démontage complet de la cage, le dégraissage des pivots, le polissage des palettes, la reprise des axes, le remplacement des ressorts usés, puis le réglage de l’échappement et le montage de la sonnerie. On parle couramment de plusieurs journées de travail pour une restauration complète, et d’aucun résultat garanti : un mouvement de deux siècles peut refuser de repartir.
C’est aussi la raison pour laquelle l’atelier refuse régulièrement une pièce : non par refus de faire, mais parce qu’un mouvement réparable doit être examiné avant qu’on puisse s’engager sur un devis.
La question ouverte
Restaurer, ou conserver ?
Entre le musée qui fige un objet et l’atelier qui le rend vivant, il existe un usage : faire tourner l’horloge. Une comtoise restaurée qui bat de nouveau dans une maison n’est pas un objet d’exposition : c’est un objet en usage, et c’est souvent ce qu’attend le client qui a hérité de l’horloge de sa grand-mère.
Le compromis généralement accepté consiste à traiter l’horloge comme un objet vivant : on conserve la patine, on ne refait pas les gravures, on remplace le strict nécessaire, et on documente chaque intervention.
Transmettre : les trois voies
- L’apprentissage en atelierCorps à corps
- Le label EPV5 ans, renouvelable
- L’UNESCO2015
- Les écoles horlogèresBesançon
La manufacture horlogère Vuillemin, à Franois, est aujourd’hui l’une des rares maisons labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant à produire des mouvements d’horloges. Elle travaille la matière brute jusqu’au produit fini.
Mouvements comtois démontés, présentés en vitrine : la collection publique qui permet de documenter les gestes.
Où voir
Les collections publiques
Le musée de l’Horlogerie de Morteau, installé dans le château Pertusier, retrace l’histoire de l’horlogerie en Franche-Comté depuis le XVIIIe siècle. Créé en 1985 à l’initiative de Constant Vaufrey, ancien horloger et adjoint au maire, il est réparti sur deux niveaux à travers sept salles : outils, machines, horloges d’édifice, horloges comtoises, montres de poche de toute époque et horloges astronomiques.
À Besançon, le Musée du Temps présente la plus belle collection française d’objets liés au temps. Les deux ensemble documentent les gestes que l’atelier privé ne peut plus transmettre seul.
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Les autres objets du temps
La montre de poignet comtoise : un autre monde, une autre échelle, une autre façon de diviser la seconde.