Savoir-faire — Labels & patrimoine
Deux reconnaissances publiques
L’une protège des pratiques, l’autre des entreprises. Ni l’une ni l’autre ne protègent un objet : c’est la différence qui compte.
UNESCO
Le savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art
Inscrit en 2015 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, conjointement par la France et la Suisse, cet élément couvre l’ensemble des savoir-faire liés à la fabrication des montres et à la mécanique d’art : la conception et la fabrication des mécanismes, la fabrication des cadrans, et les pratiques de la mécanique d’art.
Le texte UNESCO protège des pratiques, transmises de génération en génération, et il insiste sur deux points : d’une part, le lien avec l’industrie et l’artisanat qui les porte ; d’autre part, le fait que ces savoir-faire se déploient dans un contexte industriel et non seulement artisanal. La région comtoise est la traduction la plus complète de cette reconnaissance, parce qu’elle a su articuler l’un et l’autre sans jamais les opposer.
EPV
Entreprise du Patrimoine Vivant
Le label Entreprise du Patrimoine Vivant est un label officiel français, créé en 2005 par la loi en faveur des PME, et délivré sous l’autorité du ministère de l’Économie et des Finances, pour distinguer les entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels jugés comme d’excellence.
Il est accessible aux entreprises exerçant une activité de production, de transformation, de réparation ou de restauration, hors les secteurs agricoles et de la pêche. Il est attribué pour une période de cinq ans, renouvelable. À la différence de l’UNESCO, qui vise les pratiques, l’EPV vise l’entreprise : c’est l’organisation qui est distinguée, pas seulement le geste.
Il faut noter une limite admise par le texte lui-même : l’artisan d’art qui travaille sans le support d’une structure semble exclu de la possibilité d’obtenir ce label. C’est pourquoi la protection des savoir-faire individualisés passe davantage par les mécanismes de transmission que par le label d’entreprise.
La limite
Ce que les labels ne couvrent pas
Un label protège une pratique ou une entreprise ; il ne protège ni un marché, ni un bassin, ni la capacité d’un territoire à transmettre. L’EPV est lui-même assorti d’un constat : le label manque de visibilité, et beaucoup de Français ignorent son existence. L’UNESCO, de son côté, a pour ambition la sauvegarde, pas le développement économique.
C’est pourquoi l’avenir de l’horlogerie comtoise ne se joue pas dans les labels, mais dans trois décisions concrètes : la transmission, la formation, et la demande. Un site qui continue d’exister suppose que ces trois-là fonctionnent.
Trois leviers
- TransmissionApprentissage
- FormationÉcoles, apprentissage
- DemandeTransmission aux clients
Le massif du Jura, à la frontière entre deux pays qui ont inscrit ensemble les mêmes pratiques.
Le terrain
Un patrimoine sans frontières
La forme de l’inscription est en elle-même un fait important : c’est une candidature conjointe de la France et de la Suisse. Le patrimoine horloger de l’Arc jurassien ne se laisse pas découper en deux moitiés nationales. Les ateliers, les écoles, les fournisseurs de composants et les clients fonctionnent dans un même système, de Morteau à La Chaux-de-Fonds.
C’est aussi ce qui rend la région fragile : un bassin transfrontalier est un bassin où les décisions se prennent à deux vitesses. Les labels protègent les gestes ; l’organisation du territoire, elle, reste à construire.